C’est lors d’une journée plus que rafraichissante que je me suis rendu au studio Makeway pour rencontrer un jeune producteur et ingénieur son de Montréal: Mbaya Bomb. Une interview aux allures presque mystiques, où Mbaya nous parle de son prochain album, sa vision des réseaux sociaux et la recette pour rester authentique.
« 4 Tha City », un premier projet qui rend hommage à Montréal
On se rencontre justement ici au studio, dans ton laboratoire, pour parler de ton projet qui sort demain, 4 Tha City. C’est une dédicace à Montréal ?
Oui, le but c’était vraiment de montrer le talent qu’il y a dans Montréal. J’ai commencé à contacter des artistes que j’appréciais, dont certains avec qui j’avais déjà travaillé. Ça faisait comme vingt artistes au début, mais j’ai dû en sélectionner. On y retrouve Demon D.O.A, Gxlden Child, K4Y, Salez 514, RoyyalT, Bope, Dix-iple Deca, Demiron, Bebe, Anu Budz et Blocka.
Tu as déjà travaillé avec pas mal d’entre eux, dont K4Y avec qui tu avais sorti la compilation « K4Y X MBAYABOMB Volume 1 ». Tu peux nous en dire plus sur votre collaboration?
Au début on s’était rencontré juste pour un morceau, puis quand elle a vu tous mes instrumentaux, elle a réalisé que pourquoi pas lancer une compilation complète, producteur et artiste. Les beats de moi et les vocaux d’elle. Mais sur le projet « 4 Tha City » elle n’est présente que sur un morceau.
Tu as donc voulu mettre en avant les artistes d’ici, mais est-ce que tu t’es lancé une autre mission à travers ce projet ?
Oui, moi ce que j’ai voulu faire c’est tout d’abord démontrer le talent présent à Montréal, mais surtout les bonnes valeurs qui existent ici. Je ne voulais pas des chansons qui parlent de n’importe quoi tu vois. Comme des morceaux qui dénigrent les femmes ou des choses comme ça. Je trouve que c’est important de parler des vraies choses. La dernière chanson d’ailleurs a plus un aspect biblique. Je suis chrétien et je trouvais ça important d’en parler, et c’est pour ça dans cette chanson il y a un rap qui switch vers un speech qui évoque certaines valeurs et les problèmes dans notre société.
Et justement quelles sont tes inspirations, est-ce qu’elles ont influencé ta vision pour l’album ?
J’écoute de tout en fait, puis j’aime quand même les choses classiques comme du piano, des orchestres ou du gospel. Et dans mon travail j’essaye de mettre tout ça en application, puis partager ma vibe, cette énergie que j’avais à ce moment-là. C’est comme si j’étais un artiste qui raconte son histoire, mais en musique. Je voulais vraiment que ça reste authentique et faire de la bonne musique en partageant des bonnes valeurs. Et le plus important pour moi, c’est la foi en dieu. Vu que j’ai grandi là dedans, j’ai bien appris à voir les choses d’une autre perspective.

C’est de là que vient ce message émancipateur ? Toi en tant que jeune montréalais c’est quel point que tu visais particulièrement ?
Dans notre génération on cherche à régler nos problèmes d’une autre façon. La pression par exemple, avec le modèle qui est donné dans les réseaux sociaux. Disons Beyonce pour les filles, Lil Wayne ou peu importe pour les gars. Ils veulent être comme ça. Sans avoir eu la même histoire, sans être dans le même environnement. C’est ça qui fait mal à notre génération, c’est de vraiment suivre le modèle des réseaux sociaux. Si ça continue comme ça, on va se détruire et ils vont devenir tous pareils. Je voudrais que s’ils m’écoutent ils puissent prendre leur propre chemin.
Pour les artistes présents sur l’album, c’est aussi l’occasion de faire partager leur message. Tu voulais vraiment que ça soit un album impliqué ?
Exactement, avec des perspectives différentes, mais sur un même projet. Je voulais dénoncer le fait que les choses restent parfois superficielles, et qu’on reste trop en surface. Je voulais rentrer dans le vif du sujet grâce à ces artistes, car ils peuvent parler de ce qu’ils connaissent et ont traversé.
Donc tu voulais montrer que malgré le style de chacun, le message va être similaire, et qu’au final on a tous des valeurs qu’il faut défendre ?
Oui c’est ça, on essaye de les défendre et selon moi il faut plus les montrer. Car on a tendance à ne pas être vraiment nous-même. Par exemple à Montréal, on a notre propre image et il faut le montrer ailleurs. On essaye de copier les Américains ou quoi, alors qu’on a une identité ici. Et selon moi je trouve que tous les artistes du projet ont réussi à montrer qu’on peut avoir notre style en restant original et que ça marche.
Beaucoup d’artistes défendent justement cette idée d’identité montréalaise, mais pourtant on n’en parle pas assez. Comment tu trouves la couverture médiatique sur nos artistes locaux ?
Les gros médias, les gros shows de TV ils ne parlent pas des vraies choses, ce qui se passe à Montréal, ce qui est vraiment écouté. Et c’est ça le plus gros problème. Il faudrait qu’ils aillent chercher ce que vraiment les gens écoutent, c’est quoi la vraie culture ici, c’est quoi qui est respecté ici. Comme ça les gens aux États-Unis ou en France, quand ils voient la TV ou écoutent la radio, ils vont comprendre et ils vont vraiment voir le talent d’ici.
1 an au studio MakeWay.
Donc tu avais déjà commencé ta carrière avant, mais tu as initié une belle aventure il y a un an, en venant t’installer au studio makeway. Ça s’est passé comment votre rencontre ?
Avant le 1er janvier 2018, je travaillais depuis chez moi, mais ce n’était pas suffisant. Puis j’ai envoyé des chansons à pas mal de monde et quand les gars du studio m’ont proposé, j’ai dit pourquoi pas. Ici je pouvais recevoir des clients et vraiment avoir ma place à moi.
Donc tu avais les bonnes conditions pour travailler ici, est-ce que tu as commencé à développer un rituel quand tu t’es installé ?
Oui, mais pas comme les autres, ce n’est pas vraiment un rituel, mais c’est ma façon de travailler. J’aime bien venir tôt pour travailler tranquille le matin. J’aime bien aussi travailler seul, ou juste avec l’artiste ou des personnes qui me sont vraiment proches.
On est déjà en Décembre, tu vas pouvoir te reposer d’une année intense. Est-ce que tu espères que 2019 soit dans le même rythme ?
Oui dans le même rythme, mais avec des buts plus précis. Là, 2018, je m’installais et j’ai rencontré des gens d’ailleurs. Pour l’an prochain, je voudrais m’imposer plus et faire des choses qui vont vraiment apporter des changements.
Dès maintenant, vous pouvez retrouver l’album sur Youtube. Puis sur les différentes plateformes de streaming à partir de la semaine prochaine.
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